Vic-Fezensac : une longue histoire
Au cœur de la Gascogne , baigné par l'Osse, entre coteaux calcaires et riches boulbènes, le site de Vic-Fezensac offre une grande variété de paysages dans une campagne entièrement humanisée.
Préhistoire et antiquité
Dès –250 000 ans, nous avons des preuves de la présence de l'homme et cela, sans discontinuer, jusqu'à la fin de la Préhistoire.
Dans le sud de la Garonne , que César appelle « Aquitania », vivent des peuples différents des Gaulois-Celtes et qui parlent une langue proche du basque actuel. Chez nous, ces hommes sont installés sur l'antique forteresse naturelle de Saint-Jean- de-Castex, 3km au sud de Vic. En 1965, des fouilles sur ce site ont permis de mieux connaître ce peuple.
Nous savons aussi par des études récentes que nous sommes très probablement Ausci et non Elusates.
En 56 vient Crassus(1) qui soumet toute l'Aquitaine, nous voilà Aquitano-Romains (et non Gallo-Romains) pour plus de quatre siècles. Nous perdons notre langue basque pour parler un latin déformé qui deviendra l'occitan, dominant encore il y a 50 ans. De vastes et riches villas s'installent dans la région, entourant des cités reliées par d'importantes voies. L'une d'elles traverse Elimberis ( Auch ), Vanesia (Saint-Jean-Poutge), Besino (Vic), Lannepax vers Elusa (Eauze).
On construit à la romaine ; au IVe siècle, on devient chrétien, on déplore des martyrs (sainte Fauste). On bâtit des églises et on organise des évêchés (pour nous, Auch) jusqu'aux grandes invasions de 406. Nous sommes alors intégrés dans un immense royaume wisigoth allant de Toulouse à Tolède, cela pendant 1 siècle sous une domination plus conservatrice que destructrice.
(1) Lieutenant de César
Moyen Age
La conquête, franque puis carolingienne, ne change guère les mœurs et la culture de la région. Les ducs d'Aquitaine et les princes gascons gardent une large autonomie vis-à-vis du pouvoir royal, d'autant que face à l'invasion normande (destruction de Sainte-Marie-de-Laouarde en 864), chaque région se replie nécessairement sur elle-même et s'organise sous la protection du plus fort.
Ainsi, au Xe siècle, le bourg a quitté le site de Besino et s'installe plus haut, en deux partie rivales, une épiscopale autour de l'église Saint-Pierre, une autre militaire autour du château comtal. Cette agglomération bipolaire prend alors le nom de Vic-Fezensac (Vicus Fidentiacus ). L'autorité publique est alors partagée entre l'évêque et le comte de Fezensac.
En 1440, les Armagnacs hériteront du comté avec le blason que nous connaissons.
Peu à peu, la cité va s'accroître, notamment pendant le XIIIe siècle où apparaissent des quartiers périphériques qui profitent d'un net accroissement de la population. Cette prospérité dure jusqu'à la Guerre de Cent ans. Vic, sans trop souffrir, connaît alors un certain ralentissement. On chasse quand même l'Anglais du bourg en 1369 (peut-être est-ce là l'origine de la fleur de lys sur le blason ?).
Durant tout le Moyen Age, Vic se retrouve sur un chemin secondaire du pélerinage de Compostelle. 
Temps modernes
Le XVIe siècle, comme partout, fait profiter Vic de sa prospérité avant que ne débutent les guerres de Religion. L'église Saint-Pierre est détruite et ne sera relevée qu'en 1614, pour présenter peu à peu son aspect actuel, avec les aménagements des XVIIIe et XXe siècles.
Dans les années 1652-1654, la ville connaît la peste puis la famine en 1692-1693. Entre-temps, le 25 avril 1660, Louis XIV dort à Vic sur la route de son mariage à Saint-Jean-de-Luz.
Avec la disparition des disettes et des pestes, la vie s'améliore au XVIIIe siècle et la population croît (2700 habitants). La grande route de d'Etigny (future 124) facilite circulation et commerce donc la richesse, surtout foncière ; celle-ci reste entre les mains d'une bourgeoisie qui garde aussi le pouvoir consulaire.
Epoque contemporaine
Une zizanie locale au sujet des postes administratifs déclenchera à Vic les événements de la révolution de 1789. Les Montagnards possèderont un temps le pouvoir, feront la chasse aux «suspects » dont deux seront guillotinés à Auch. Après Thermidor (juillet 1794), le calme revient peu à peu et la classe la plus aisée retrouve son pouvoir économique et politique.
Les régimes autoritaires de l'Empire et de la Restauration ont porté au pouvoir des gens qui, localement, leur étaient extrêmement fidèles. Si la révolution de 1830 n'atteint pas Vic, celle de 1848 (2e république) entraîne un chamboulement de courte durée, vite remis en ordre par Louis Napoléon Bonaparte porté au pouvoir par le coup d'état du 2 décembre 1851, avant de devenir, pour 20 ans, l'empereur Napoléon III.
Son régime correspond à une période économique faste. L'agriculture se modernise, on construit les beaux immeubles de la place centrale ; cela continuera jusqu'à Sedan (1870) et la proclamation de la IIIe République. Mais le développement national du rail et des routes aura pour conséquence un exode rural important, accentué quelques années après par l'apparition du phylloxéra (1880). L'agriculture est vivement touchée par cette crise qui va aussi ruiner l'artisanat et le commerce local.
L'enseignement se généralise avec la construction des écoles primaires au sein desquelles on prépare aussi « la revanche ».
Dès les premières années du XXe siècle apparaît l'électricité par la volonté du maire Brice Darroux. En 1904, Albert Delucq le remplacera et restera 40 ans au pouvoir, marquant ses mandatures de nombreuses réalisations (arènes, hôpital, éphémère voie ferrée, silos, cave coopérative,…).
Le conflit 1914-1918 voit disparaître 106 Vicois. Cette situation accroît la dépopulation bien entamée au siècle précédent et correspond à l'arrivée de nombreuses familles italiennes s'installant dans l'agriculture et le bâtiment.
Pendant la guerre 1939-1945, Vic accueille de nombreux réfugiés. Dès 1942, la résistance se met en place sous l'impulsion de M me Lac qui s'attache, avec d'autres, à protéger Juifs et pourchassés divers. Plusieurs maquis se créent en 1943 et participeront à la libération du Gers le 19 août 1944. Ce conflit a fait chez nous beaucoup moins de victimes que la Première Guerre mondiale.
A partir de 1947, Vic reprend peu à peu une vie normale. Si les fêtes, cavalcades, corridas s'envolent vers un succès national, le commerce et l'artisanat périclitent. La création du collège, en 1953, n'endiguera qu'un temps l'exode des jeunes. Malgré cela, de très nombreuses sociétés sportives, culturelles et d'animation continuent de se développer.
Les maires successifs s'efforcent de rendre le bourg plus agréable à vivre : amélioration de la voirie, de l'assainissement, des locaux municipaux, construction de nouveaux lotissements ; les vieux quartiers centraux s'en trouvent un peu délaissés.
La réorganisation du vendredi matin permet de maintenir un marché hebdomadaire actif et durable.
Idéalement située sur la RN 124 qu'il faudra bien réaménager un jour, forte de ses 3600 habitants, la commune de Vic, chef-lieu de canton et de communauté, reste encore une place commerciale, très festive, et qui devra faire l'effort de conserver sa jeunesse, en facilitant la création d'emplois locaux et de logements attractifs. Elle joue là son avenir démographique.
Bibliographie : S.A.G. Vic, Vic-Fezensac, des siècles d'histoire, les Presses de Gascogne, 2006, 320 pages, 25 € en librairie ou chez l'éditeur.
Avec l'aimable autorisation de l'éditrice Me Sandrine Hautot "les Presses de Gascogne" |